Archives : L'analyse

Argent, pas cher

L’argent reste en dehors des radars des investisseurs depuis plusieurs années. Résultat, ses amplitudes de cotation se réduisent comme une peau de chagrin. Depuis mai 2016 et son plus haut au-delà des 20 USD, le métal gris a entamé une descente graduelle avec des rebonds de plus en plus faibles, entraînant le sous-jacent dans une véritable léthargie.

Les actions des minières spécialisées sont en nette sous-performance par rapport aux indices mondiaux. Fresnillo, un producteur mexicain a vu son titre coté à Londres, sur un an glissant, céder 23% ainsi que l’américain Pan American Silver (-48%) et le canadien First Majestic (-30%).

Chose surprenante, ce ralentissement très net des initiatives directionnelles s’opère malgré le stress récent des opérateurs sur les marchés. Ces derniers ne se sont pas dirigés vers les valeurs refuges telles l’or et, par phénomène d’entraînement, l’argent. Le débat sur les risques inflationnistes et plus intensément sur le protectionnisme américain n’influe aucunement sur les arbitrages de marchés.

De plus, la baisse du dollar sur les derniers mois (– 13.5% sur le dollar index depuis janvier 2017), malgré les perceptives de hausses de taux aux Etats-Unis, n’a pas eu d’impact non plus sur la valorisation des métaux précieux en général, souvent corrélés inversement aux variations du billet vert.

D’une manière plus générale, la longue phase de banalisation des taux d’intérêt négatifs, une tendance qui s’inverse progressivement, aurait dû profiter à ce compartiment des métaux précieux, dont l’argent. Ce dernier ne produisant pas de rendement, il faisait, par conséquent, moins pale figure face à un placement dans un emprunt d’Etat, certes sans risque, mais non générateur d’intérêts ou très peu.

Tout comme l’or, le métal gris reste aussi précieux et partage avec lui de nombreux points communs : une réserve de valeur, une couverture contre l’inflation ou une protection contre la baisse des actifs risqués lors d’une crise financière.

L’élasticité de l’offre dépend des productions minières principales ou secondaires et du recyclage alors que la variation de la demande provient de différents facteurs dont principalement l’industrie.

Ses applications industrielles concernent majoritairement l’électronique, la médecine et l’énergie solaire (composition des équipements photovoltaïques). Le déploiement massif de cette production d’énergie verte devrait ouvrir la voie à de futures technologies adaptées aux besoins, boostant au passage la demande dans le métal gris.

Sa corrélation avec l’or fait toujours débat puisque très souvent le « ratio or/argent » est étudié pour connaître le métal qui possède un avantage tendanciel sur l’autre.

En effet, depuis plus de 60 ans, ce ratio évolue au gré des évènements qui influencent majoritairement un sous-jacent plutôt qu’un autre. Ce rapport a connu un pic durant le début des années 90, période de taux réels élevés où il fallait 93 onces d’argent pour se payer une once d’or. Dix ans auparavant, il n’en fallait que 16, avant la flambée du métal jaune. A ce jour, le ratio reste très élevé (80), une situation technique qui pourrait inciter les intervenants à suivre « l’or du pauvre » et de miser une petite pièce (d’argent).

Patrick Rejaunier

Article tiré du magazine Strike 190 / Avril  2018

Abonnement Strike Magazine
Strike Magazine

Pour recevoir chaque mois Strike, le magazine des produits de Bourse Commerzbank

Abonnez-vous gratuitement