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Focus sur les taux souverains

Les taux : comment ca marche ?

Un taux d’intérêt représente le « loyer de l’argent », c’est-à-dire combien cela coûte à une contrepartie (Etat, entreprise, investisseurs particulier …) d’emprunter un certain montant à une autre contrepartie. Nous allons ici nous intéresser aux taux d’Etats donc aux taux applicables aux emprunts que font les gouvernements dans leur propre devise. Une fois qu’un Etat a réalisé une adjudication, soit le placement sur le marché primaire de sa dette, les taux d’intérêts vont fluctuer en fonction de l’offre et la demande pour ce titre de créance.

Ainsi plus une obligation d’Etat va être demandé plus le contrat Future de cette obligation va augmenter et plus son taux d’intérêt va diminuer. Le niveau de ce taux va être un bon baromètre du niveau de risque lié à cette dette perçu par le marché. Des taux faibles issus d’une forte demande vont certes être peu lucratif mais sont aussi sensés être peu risqués ! La situation classique sera alors des pays jugés solides avec des taux d’intérêts souverains faibles et des pays considérés plus risqués avec des taux élevés. Ainsi le risque pris en investissant sur un pays « fragile » est rémunéré par un taux plus important qu’un investissement sur un pays très bien noté.

La fin du fly to quality en Europe?

Nous avons assisté depuis des années à une véritable tendance de fond baissière sur les taux des pays « forts » de la zone euro. Cet engouement des investisseurs pour de la dette souveraine provenant de pays aux ratings rassurants est le phénomène du « fly to quality ». L’Allemagne, ou la France dans une moindre mesure, rassurent et les investisseurs se sont montrés de plus de plus demandeurs de leurs dettes au fil des crises de ces dernières années. Ainsi la France à emprunté le 2 mai 2013 au taux historiquement bas de 1.65% pour de la dette 10 ans.

A l’inverse les pays des PIGS (Portugal, Italie, Grèce, Spain pour Espagne), aussi appelés les périphériques, ont traversé une véritable crise de confiance entre 2010 et aujourd’hui. La défiance envers ces pays était du à leurs situations économiques difficiles : surendettement, augmentation du chômage, croissance en berne, manque de réforme structurelles… L’exemple que tout le monde gardera bien sûr en tête est celui de la Grèce au bord du gouffre qui a évité de peu une sortie de la zone euro au prix de 380 milliards d’euros d’aides.

Vers un resserrement des spreads…

Aujourd’hui pourtant il semblerait que ce « fly to quality » soit en perte de vitesse. Ainsi le début de cette année a été marqué par une demande croissante pour la dette des pays périphériques. Ce changement de cap vient des chiffres encourageants de croissance de la zone euro qui ont provoqué une diminution de l’aversion au risque des investisseurs. Ainsi on assiste à une baisse des taux d’emprunt de ces pays au détriment des pays plus solides. L’écart (le spread en anglais) entre les taux des pays périphériques et ceux des autres pays de la zone euro s’est donc resserré. En mars 2012 par exemple, l’écart entre la France et la Grèce sur ses taux d’emprunts à dix ans était de 31 points de pourcentage alors qu’aujourd’hui il n’est plus que de 5 points ! Certains analystes voient dans cette nouvelle donne un retour à une situation plus « normale » tandis que pour d’autres ce changement illustre une certaine schizophrénie du marché qui s’enthousiasme aujourd’hui pour ce qu’il a rejeté vivement hier…

Le cas de l’Irlande

L’Irlande, qui a échappé de peu à la faillite en 2010, emprunte aujourd’hui à un taux historiquement bas ! Petit rappel des faits pour cet exemple de sortie de crise réussie :

  • 2008 / 2009 : chute du PIB de 3% et 7% suite à la crise de l’industrie financière dont elle est fortement dépendante
  • 2010 : mise sous tutelle du pays par le FMI et L’UE suite à l’explosion de la bulle immobilière
  • 2011 : taux d’emprunt à 14% pour de la dette 10 ans
  • 2012 : pic du chômage à plus de 15%
  • 2013 : accélération de la croissance économique, assainissement budgétaire et fin de la tutelle
  • 2014 : relèvement de la note du pays à Baa3 par Moody’s, soit la catégorie « investissement », et amélioration de la perspective de cette note de « stable » à « positive ». Allègement du cout du crédit grâce à des taux historiquement bas pour le pays : 2.967% pour 1 milliard de dette à 10 ans.

 

 

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