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L’analyse technique

Juin 2002

S’il est un domaine où théoriciens et praticiens s’affrontent depuis des décennies, c’est assurément au sujet de l’analyse technique. Souvent décriée et critiquée, cette méthode empirique souffre d’un manque de fondements scientifiques. Néanmoins, ses détracteurs ne peuvent nier son utilité dans le processus de prise de décision.

 

D’où vient l’analyse technique….

Pratiquée à l’origine par les Japonais au XVIIIeme siècle pour prévoir l’évolution des cours du riz, l’analyse technique a été remise au goût du jour au 20eme grâce aux travaux de Charles Dow, co-fondateur du Wall Street Journal qui donnera son nom à l’indice phare américain. A la fin des années 30, Ralph Nelson Elliott a révolutionné la méthode en mettant en évidence les fameuses vagues d’Elliott. Au fil du temps, la méthode s’est popularisée et étoffée, d’abord appelée analyse graphique (ou chartisme), elle intègre désormais de nombreux outils emprunts aux mathématiques et à la science.

C’est sous cette ère qu’ont émergé des grands noms, comme Steve Nison, adepte de la méthode des chandeliers japonais, Stan Weinstein, fervent adepte des moyennes mobiles, ou encore John Bollinger.

 

En quoi consiste-t-elle ?

Tentant de définir l’analyse technique, John Murphy disait : « L’analyse technique est l’étude de l’évolution d’un marché, principalement sur la base de graphiques, dans le but de prévoir les futures tendances ».

Considérant qu’il y a une forte dimension psychologique dans l’acte d’achat ou de vente, l’analyse technique cherche à identifier des comportements récurrents (peur, euphorie, cupidité…) afin de prévoir, à partir d’un historique de cours, les mouvements futurs d’une action.

Pour résumer, nous pouvons dire que l’analyse technique est l’étude de l’évolution de l’offre et de la demande d’un actif financier à partir de sa représentation graphique et ce, dans le but de prédire son évolution future.

 

Charles DOW (1851- 1902), le père fondateur, dans ses articles consacrés au comportement de la bourse, a posé les principes de base de l’analyse technique. Sa théorie repose sur les principes suivants :

Le marché prend tout en compte : Toute l’information, tous les facteurs économiques, psychologiques… qui influent sur la détermination du prix d’une action sont déjà intégrés dans les cours. Dès qu’une donnée inattendue intervient, le cours va s’ajuster sur le court terme mais la tendance long/moyen terme ne sera pas affectée. L’analyste technique cherche à interpréter les mouvements de prix, dans leur dynamique et ne s’intéresse qu’aux seuls cours et volumes négociés.

Le marché se décompose en trois tendances : Dow comparait l’évolution des marchés à celle des vagues de l’océan et identifie :

– La tendance primaire (la marée) : c’est la tendance de fond qui indique la direction principale du marché. Elle dure de une à plusieurs années.

– La tendance secondaire, (les vagues) qui corrige la tendance de fond de 1/3 à 50%. Elle dure de 1 à 3 mois.

– La tendance mineure (les ondulations), sujette à des manipulations de cours, elle correspond à des fluctuations contenues dans une tendance secondaire.

La tendance primaire connaît trois phases : considérant la tendance de fond, DOW identifie trois phases successives (ici développées dans le cadre d’une tendance haussière)

– Une phase d’accumulation : l’information disponible est quasi nulle, quelques acheteurs anticipent une future hausse des cours, mais ils sont minoritaires. Les volumes de transactions sont faibles.

– Une phase d’imitation. De plus en plus d’investisseurs s’intéressent à la valeur, l’information est fournie, les volumes augmentent et les cours progressent de façon soutenue. C’est le cœur de la tendance.

– Une phase de distribution. Les bonnes nouvelles continuent d’affluer, mais les premiers investisseurs prennent leurs bénéfices, la force du mouvement s’affaiblit.

Les volumes suivent la tendance : Dow considérait le volume comme un indicateur important pour confirmer une tendance.

Une tendance (haussière ou baissière) doit se développer avec une progression des volumes tandis que les vagues de correction coïncident avec une baisse des volumes.

Le cours de clôture est le plus important : Dow ne tient pas compte des niveaux extrêmes (plus haut/ plus bas) atteints au cours d’une séance. L’élément essentiel est le cours de clôture dont l’effet psychologique est le plus important.

Une tendance reste valide tant qu’elle n’a pas donné des signaux clairs de renversement

 

Le champ d’application de l’analyse technique

Elle s’applique à tout type de marchés : indices, actions, taux, matières premières… les mêmes outils et méthodes pouvant être appliqués à tout type d’actif dès lors que son prix est déterminé par la confrontation d’une offre et d’une demande. Seule contrainte, disposer d’une liquidité suffisante, faute de quoi, l’investisseur peut alors, à lui seul, influencer le cours de l’action par le passage d’un ordre important. On parle alors d’auto-réalisation.

Concrètement, il existe 3 sources principales d’information : les prix, les volumes et « l’open interest », c’est à dire les positions ouvertes pour les options et les futures.

L’analyse technique part de 3 postulats :

  • Le prix intègre toute l’information disponible à l’instant t
  • Les prix évoluent en tendance
  • L’histoire se répète

Différents courants se distinguent au sein de l’analyse technique : chartiste, statistique, elliottiste et le market profile.

 

L’analyse technique chartiste se focalise sur l’évolution des prix et des volumes en tentant de trouver des configurations qui se reproduisent dans le temps. On retrouve dans cette catégorie les figures classiques tels les triangles, les fanions, les doubles sommets, les doubles creux, la tête-épaule ou les bougies japonaises.

 

L’analyse technique statistique repose essentiellement sur la modélisation de l’évolution des prix par l’intermédiaire d’indicateurs techniques à l’image des moyennes mobiles, du momentum, du MACD, du RSI, etc…

 

Les vagues d’Elliott se servent du caractère fractal des graphiques boursiers en cherchant à les décomposer en vagues successives. Le nombre d’or sera alors utilisé comme dimension fractale.

 

Le market profile repose sur l’étude statistique de l’évolution des prix. Selon ce type d’analyse technique, les prix oscillent selon une loi Normale autour d’un prix d’équilibre.

Si les analystes techniques s’attachent à décoder l’évolution des prix dans le temps, les analystes fondamentaux se concentrent sur les forces économiques de l’offre et de la demande afin de calculer une « valeur intrinsèque de marché ».

En réalité, les deux approches, l’analyse technique et l’analyse graphique visent toutes deux à résoudre le même problème : tenter de trouver l’évolution future du marché.
Il arrive souvent que les graphiques de l’analyse technique ne correspondent pas aux fondamentaux, ou au moins, à l’idée que se font les analystes des fondamentaux de l’économie. Cette décorélation entre l’évolution des prix et l’économie est d’autant plus criante au début d’un important mouvement.

Pour reprendre John J. Murphy : « Market price tends to lead the known fundamentals », (Le prix du marché tend à mener les principes fondamentaux connus).

Voilà, pour résumer, les grandes tendances identifiées de ce courant d’analyse qui a tendance à fasciner les investisseurs et parfois même… à les faires rêver. Mais attention, ces courants n’aboutissent pas toujours aux mêmes résultats ! Ils ne peuvent donc pas ensemble ou séparément se prévaloir de fournir une martingale ou une vérité absolue que les investisseurs pourraient suivre les yeux fermés.

Il n’en demeure pas moins que l’analyse technique met à disposition de l’investisseur une palette d’outils très utiles dans la construction d’un scénario de marché. Entre ces différents courants historiques, les investisseurs ont tendances à piocher dans différentes méthodes les éléments d’analyse dont ils se sentent le plus proches pour établir leurs propres critères. Combinée à des éléments d’analyse fondamentale, l’analyse technique est très utilisée pour conforter l’investisseur dans sa conviction, notamment dans la définition de point d’entrée, de point de sortie et des seuils d’invalidation de sa position si l’on s’est trompé dans son anticipation !

Si le sujet vous a intéressé nous vous encourageons à lire le dossier complet sur le site de ZoneBourse.com dans la rubrique « Outils » – « Apprendre la Bourse »

 

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