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Mauvais millésime pour les banques.

zonebourse

Les banques subissent depuis 10 ans une perpétuelle révolution. La crise financière de 2007 avait stigmatisé leurs agissements à risques sur des produits de plus en plus sophistiqués. Non seulement, elles étaient à l’origine de la crise financière, intensifiée par la faillite de Lehmann Brother, mais avaient joué par la suite, un rôle prépondérant dans sa propagation puis son intensification (blocage du marché monétaire).

Aujourd’hui, c’est leur l’activité traditionnelle qui subit de plein fouet la conjoncture monétaire. En effet, les banques centrales avec leurs politiques généreuses en liquidités ont bouleversé le schéma économique orthodoxe. En rachetant massivement des emprunts d’états, les institutions monétaires ont permis aux rendements de passer sous les seuils économiquement inimaginables, il y a encore quelques années. Le montant des dettes souveraines qui circulent dans le monde à des taux négatifs s’élève, à ce jour, à plus de 10 000 milliards selon l’Agence de notation Fitch. En Europe, les obligations gouvernementales AAA ou AA, à maturité inférieure à 10 ans, sont très souvent avec des rendements négatifs. Le Bund allemand est même tombé à « zéro » alors que le « dix ans » suisse procure -0.4 %.

Les conditions exceptionnelles de financement se retrouvent également sur le terrain des dettes privées avec l’exemple de Nestlé qui a emprunté récemment à des conditions identiques. Sa dette lui rapporte !

Les dépôts à taux négatif auprès de la BCE avaient créé une véritable brèche à cette disparition des rendements et les banques commerciales supportent de moins en moins la politique de la BCE qui fait baisser l’ensemble des taux. Les banques préfèrent, par conséquent, acheter des emprunts d’états même à taux faibles voire négatifs que de laisser ces liquidités à la BCE avec une ponction de -0.4%. En fait, il s’agit de réduire le plus possible les sanctions financières des liquidités non utilisés dans le circuit économique.

La politique de l’argent facile ampute ces dernières de leurs marges traditionnelles. En effet, la différence entre la rémunération de leurs prêts et le coût de leurs ressources a baissé de 2.5 % sur le premier trimestre de 2016, ce qui a entrainé une réduction de 20 % de leurs résultats nets bancaires. De plus, le différentiel entre le taux courts et les taux longs reste minime (aplatissement de la courbe des taux), ce qui les prive de gains de transformation dans un secteur qui est devenu encore plus concurrentiel avec les offres numériques.

Les chutes des valeurs bancaires en bourse sont violentes avec une dégradation des valorisations sur le secteur bancaire européen de -26 % depuis le début d’année contre une baisse indicielle de Stoxx Europe 600 de -11 %.

Aux doutes des investisseurs sur la capacité des banques à maintenir des marges profitables, sont venues se rajouter les craintes du Brexit, véritable inconnue générateur de stress.

Les banques centrales avec leurs politiques accommodantes non conventionnelles ont modifié la donne sur les marchés, entrainant un certain désordre financier qu’il conviendra de normaliser un jour ou l’autre, ce que la Fed essaie de faire …au ralenti.

Article tiré du magazine Strike 171 / Juillet 2016

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