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Profession Market Maker

Avril 2013
Depuis combien de temps travaillez-vous chez Commerzbank et quel est votre parcours?

Joao : J’ai commencé chez Banque BCP au Portugal en tant que trader sur dérivés actions en 2001. J’ai ensuite rejoint Commerzbank en 2005 toujours au sein du trading sur les dérivés actions.

Bent: Je suis entré à la Commerzbank en août 2006 juste après avoir eu mon diplôme en administration des affaires (avec spécialisation en finance) de l’Université de Mannheim, en Allemagne. Pendant mes études, j’ai passé deux semestres à l’étranger à l’Université du Connecticut, USA.

Thomas: J’ai commencé à travailler en 1997 en tant que Trader junior pour la PCP à Francfort qui a été fondée par des traders français qui avaient eu l’idée de vendre des Warrants en Allemagne à une clientèle de particuliers. De mémoire PCP a été intégrée à Commerzbank en 1999 environ, j’ai alors commencé en tant que trader risque jusqu’en 2002 où j’ai rejoint l’équipe de trading sur indices. Depuis 2007, je suis responsable de cette équipe.

Quel est le rôle d’un market maker? Est-ce différent de l’image que les gens peuvent avoir d’un trader classique?

Joao : C’est un rôle différent de celui d’un trader « classique » principalement pour deux raisons. Notre objectif est d’être neutre en termes de risques que le marché monte ou descende tout en dégageant une profitabilité avec un niveau de risque minime. Nous sommes donc naturellement du même coté que les clients. Lorsqu’un client achète un Call nous achetons l’action sous-jacente ou l’option afin de nous couvrir. Nous gagnons ou perdons donc de l’argent sur cette position dans le même sens que le client selon l’évolution du cours du sous-jacent ou de la volatilité. L’autre différence très importante c’est que nous sommes dans une activité tournée vers les clients, notre préoccupation principale est donc la satisfaction du client. Le but est qu’il continue à acheter des produits Commerzbank peu importe le sens du marché car il sait qu’on lui proposera des prix justes et compétitifs en permanence. Nous permettons donc aux clients de pouvoir trader leurs anticipations dans les meilleures conditions possibles.

Bent: Un  trader « classique », dit « propre trader » a pour mission d’utiliser l’argent qui appartient à la banque et de prendre des positions afin de faire fructifier cet argent. Le rôle d’un teneur de marché, ou market-maker, est très différent. Ses deux missions principales sont:
a) Assurer l’exactitude des prix. Il doit faire en sorte que tous les produits dont il est responsable sont toujours valorisés avec précision. Par exemple, dans mon équipe, nous sommes responsables des prix d’environ 10.000 produits à partir de 8h du matin jusqu’à 10h du soir. Nous sommes actifs sur des sous-jacents de 11 pays européens différents (Allemagne, Suisse, Autriche, Suède, Finlande, Norvège, Belgique, Pays-Bas, France, Espagne et Portugal) et offrons un accès électronique en temps réel à nos produits sur diverses Bourses et via plusieurs courtiers directement.
b) Gérer les risques. La vente d’un produit à un client expose la banque à un risque de variation du prix. Le travail d’un teneur de marché est de réaliser des transactions sur les marchés financiers pour réduire ou – idéalement – éliminer ce risque. Selon le sous-jacent et le type de produit, les opérations de couverture de risque suivantes peuvent être effectuées: acheter / vendre des actions, des futures, des options, exécuter des opérations de change, effectuer un swap, etc…
Donc, contrairement à un propre trader, le travail d’un teneur de marché est de réduire le risque de marché supporté par la banque.

Thomas: Le rôle d’un teneur de marché est d’offrir un prix à l’achat et à la vente pour ses produits dans toutes les conditions de marché. Ces prix doivent être fiables et permanents. Les clients doivent toujours être en mesure de négocier les produits d’après les prix et les quantités proposées par l’émetteur. Grâce à la concurrence et aux autorités de régulation, les prix sont aujourd’hui très transparents. Les market makers dans des maisons telles que Commerzbank ont pour objectif de garantir un spread le plus étroit possible, des tailles conséquentes et des prix constants. Aujourd’hui, l’environnement et les développements techniques jouent un rôle clé dans la qualité du market making. D’autre part, le market maker doit couvrir les positions engendrées par la vente de produits aux clients. Il doit donc faire en sorte de réduire le risque au maximum en fonction des objectifs de la banque.
Dans mon équipe, nous sommes market makers sur les indices à travers le monde via un large éventail de types de produits tels que les Turbos, les Warrants ou encore les Bonus Cappés pour n’en citer que quelques-uns. Le teneur de marché a donc besoin d’avoir une très bonne compréhension du comportement des produits qu’il couvre et des risques que ces produits peuvent engendrer.

Concrètement, que se passe t-il pour vous lorsqu’un client achète 100 Turbos Call sur Alcatel par exemple?

Joao : Théoriquement, lorsqu’un client achète 100 Turbos Call sur Alcatel de parité 1, nous achetons l’équivalent de 100 actions. Comme nous avons des milliers de transactions chaque jour et que ces transactions engendrent des coûts, nous essayons d’acheter ou de vendre uniquement lorsque la position à couvrir est conséquente. La couverture se fait pour que chaque pays et chaque secteur aient un risque neutre. C’est la seule stratégie qui nous permet d’offrir aux clients des spreads serrés sur nos produits afin qu’ils puissent avoir les prix les plus compétitifs.

Ou 10 000 Turbos Illimités Call sur le Future Brent avec une parité de 10 ?

Bent: Le Future sur le Brent est coté en dollars par baril et à une taille de 1 000 barils par lot. Une parité de 10 pour 1 signifie que 10 Turbos couvrent l’équivalent d’un baril. Par conséquent, si un client achète 10 000 Turbos, j’aurais besoin d’acheter 1 contrat à terme sur le Brent pour être parfaitement couvert en delta (10 000 turbos / parité de 10 = 1 000 barils à couvrir = 1 Future).  En règle générale, un client européen va payer son Turbo en Euro. Mais comme le Future sur le Brent est coté en dollar, je dois aussi me couvrir contre le risque de change euro dollar via une opération de change au comptant.

Ou 100 Turbos Call sur le CAC 40 ?

Thomas: Pour être honnête, 100 Turbos de parité 100 ne créent pas beaucoup de couverture à réaliser. Sur ce type de transaction nous allons agréger plusieures transactions et les couvrir quand la taille est suffisamment importante pour que nous puissions acheter ou vendre un Future sur le CAC 40. Lorsque nous vendons des tailles plus grandes, nous couvrons directement la position et commençons à surveiller le risque que cela peut impliquer. Aujourd’hui la  tendance est à couvrir le risque de manière la plus automatique possible.

Comment travaillez-vous?  Les market makers sont-ils répartis en fonction des produits,  des sous-jacents?

Joao : Nous sommes répartis par catégorie de sous-jacents mais certaines banques organisent leurs traders en fonction des secteurs. Cette répartition est justifiée par le fait que nous sommes orientés vers la satisfaction du client, il est donc nécessaire d’être spécialisé dans le pays concerné. Nous devons donc connaître par exemple les préférences des clients français ainsi que l’historique du marché français. D’après moi un trader sur les actions françaises doit notamment savoir parler français.

Bent: En règle générale, les teneurs de marché sont répartis par catégories de sous-jacents  mais dans certains cas aussi par type de produits. Par exemple, mon équipe et moi, nous sommes responsables de tous les produits dérivés sur matières premières et devises que Commerzbank propose. Comme je l’ai évoqué plus haut, nous somme market makers en temps réel sur plusieurs marchés européens et proposons également nos services aux clients institutionnels à travers le monde. Les produits sur mesure sont généralement traités par nos collègues de Londres.

Thomas: Sur le desk des indices nous sommes répartis en fonction du type de produits car chaque type de produit nécessite des compétences particulières, une gestion des risques et un développement technique spécifique. Notre équipe est donc répartie entre trois catégories : les Turbos, les Warrants et les autres produits à barrière.

Il y a beaucoup d’éléments à prendre en compte sur les marchés financiers : quelles sont vos astuces pour mettre toutes les chances de son coté pour faire un bon trade ?

Joao : Honnêtement, après plus de 10 ans dans ce métier, j’ai tendance  à m’ennuyer quand le marché est atone … Mais plus sérieusement, mes 3 conseils seraient :

  • de définir avant de traiter vos ordres limites et spécialement votre perte maximale (et de s’y tenir)
  • d’investir l’argent dont vous n’avez pas besoin pour vos dépenses de la vie quotidienne (même seulement une partie de votre épargne dont vous n’avez pas besoin et que vous êtes prêt à perdre)
  • de passer ses ordres mais après d’oublier. Si vous gagnez de l’argent ne le dépensez pas immédiatement pour fêter cela, statistiquement vous perdrez également à un moment donné aussi. Enfin que vous soyez en gain ou en perte, ne soyez pas trop excité ou stressé (attention avec le concept de quitte ou double, vous devez savoir vous arrêter).

Nous préférons que nos clients traitent uniquement lorsqu’ils ont une conviction forte. Moins de transactions valent mieux que des clients qui perdent de l’argent. Nous voulons absolument que nos clients puissent faire le meilleur trade possible et qu’ils gagnent de l’argent afin qu’ils continuent à traiter avec nos produits.

Bent: C’est toujours beaucoup plus facile à dire qu’à faire mais quand un trader a une position, il (ou elle) doit veiller à ce que cette position ne devienne pas conséquente au point où il serait obligé de la déboucler à n’importe quel prix si le marché n’évolue pas dans son sens. Un bon trader réévaluera tous les risques qu’il prend à chaque mouvement de marché. Il pourra alors décider de vendre sa position pour éviter de nouvelles pertes s’il n’est plus convaincu du bienfondé de sa position. A contrario il pourra aussi décider de renforcer sa position s’il pense que le marché va évoluer en sa faveur. Ce qui est fondamental c’est la liberté d’action dans un sens ou dans un autre à tout moment.

Thomas: Il faut toujours être préparé et discipliné. En ce qui me concerne je commence toujours la journée par faire des simulations. Cela me permet de voir ce qui se passerait si le marché monte ou descend et comment mes positions se comporteraient. Cela m’aide à créer des solutions pour chaque configuration de marché possible. Il faut toujours respecter votre plan et ensuite analyser les résultats.

 

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