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Stratégie, perspectives, conseils : les analystes se jettent à l’eau

Pourriez-vous vous présenter brièvement ?

Gauthier Maes : Depuis près de 10 ans, je travaille pour le conseiller en gestion de patrimoine MonFinancier.com, en tant que responsable du contenu et  de l’abonnement de conseil boursier et d’allocation d’actifs. Avec mon équipe, et notamment le spécialiste de la  macroéconomie  Marc Fiorentino, nous proposons un service complet d’analyse de marchés et de conseil pour les comptes-titres (et notamment des conseils sur les produits dérivés) mais aussi sur les PEA et les assurances-vie.

Marc Dagher : Titulaire d’un Master en Finances à Paris Dauphine, je travaille depuis près de 20 ans sur les marchés. Analyste technique de formation, diplômé du CFTe, MFTA et membre de la SFAF, je gère entre autres un service de conseils clé en main sur produits dérivés : DT Turbo (qui réalise d’excellentes performances avec environ 75% de conseils gagnants et une moyenne de 25% de gain par conseil), et un service de conseils clé en main sur le marché des changes : DT Forex. Je suis consultant régulier pour le Plan de Trading de l’émission Intégrale Bourse de BFM Business.

Patrick Rejaunier : je suis Senior Analyste chez Zonebourse sur plusieurs classes d’actifs avec une spécialisation sur les produits dérivés. Je gère également les formations payantes dispensées dans la société.

Outre les records à répétition et l’optimisme général des marchés, quelle hausse/baisse vous a le plus surpris durant le 1er semestre ?

GM : Il y en a beaucoup. 2017, pour l’instant, est l’année des contre-pieds. Les unes après les autres, les convictions des investisseurs sont mises à mal. Sur le marché des changes, c’est très frappant. Des grandes banques américaines, comme Citigroup par exemple, ne pensent plus que l’euro va aller à la parité, alors que c’était une évidence fin 2016. Quant au pétrole, on s’est encore éloigné des 60 ou 70 dollars, zone objectif du consensus.  Les marchés émergents se portent bien alors qu’on leur promettait des mois de turbulences et surtout, et c’est peut-être ça la plus grosse surprise de 2017, le peso mexicain est en hausse de près de 15% face au dollar depuis le début de l’année.

MD : Pour rester sur le CAC, j’ai été assez surpris de la chute de TechnipFMC de près de 30% sur le premier semestre, bien qu’affectée par celle des cours du pétrole, qui restent enfermés en dents de scie au sein d’un drapeau (entre 47 et 61 dollars environ sur le Brent). A l’inverse, la très bonne tenue du secteur du luxe, notamment sur des titres comme LVMH ou surtout Kering a été elle aussi assez impressionnante d’intensité.

PR : La hausse continue sur les Gafa (Alphabet-Apple-Amazon-Facebook) aura marqué ce début d’année, concentrant massivement  les intérêts des investisseurs et permettant à ces puissants acteurs de la nouvelle économie mondiale d’atteindre des capitalisations historiques.

A l’inverse la lourdeur du secteur de l’énergie (le « MSCI world energy » perd 8.8 % en 2017) tranche avec l’ensemble de la cote, ce dernier étant handicapé par la baisse des matières premières et par de fortes dépréciations d’actifs.

Nous n’avons pas été surpris réellement par ces arbitrages de marchés car nous sommes largement investis dans le secteur gagnant de la technologie depuis plusieurs années, ce dernier affichant des taux de croissance attrayants.

Quel serait l’événement du second semestre le plus à même de provoquer de forts mouvements de marché/ une forte augmentation de la volatilité ?

GM : C’est une question très difficile, car même les événements les plus surprenants, voire les plus alarmants, comme l’élection de Donald Trump aux États-Unis ou le vote du Royaume-Uni pour le Brexit, mais aussi les crises politiques au Brésil ou en Italie, n’ont eu que des effets minimes sur la volatilité. Et on ne voit pas quel nouvel événement géopolitique pourrait venir bousculer les marchés financiers. Les marchés sont concentrés sur l’économie. Les chiffres de croissance mondiale sont bons. Ils ne sont pas spectaculaires mais ils sont bons. Et tant qu’ils seront bons, les marchés financiers resteront optimistes. Partant de ce constat, seul un ralentissement économique pourrait  provoquer une hausse de la volatilité. Mais le deuxième semestre nous réserve peut-être d’autres surprises…

MD : Il est parfois difficile d’anticiper ce genre de catalyseurs de marché.  Toutefois, et vu l’éloignement du risque politique en Europe avec la victoire écrasante du parti d’Emmanuel Macron en France et l’apaisement en Italie, il faudra sans doute surveiller deux points délicats : d’une part, les élucubrations imprévisibles de Donald Trump côté US, d’autre part, le risque géopolitique qui reste très tendu à travers le globe.

PR : Après un premier semestre teinté d’une rare sérénité chez les opérateurs, générant un niveau de volatilité historiquement bas, la deuxième partie de l ‘année pourrait effectivement connaître un peu plus de mouvements erratiques.

Les catalyseurs de hausse de volatilité sur les marchés peuvent provenir de plusieurs sources : l’application ou non du programme Trump largement anticipé, les tensions géopolitiques, le secteur bancaire italien, une éventuelle rechute du pétrole, le niveau d’inflation permettant aux banques centrales de normaliser leur politique ou pas.

Quelles classes d’actifs pourraient performer/chuter d’ici à 2018 ? Pour quelles raisons ?

GM : On a envie de croire au Japon.  Le Japon n’est plus en crise. Il va bien. Il a affiché une croissance de 2.2% au premier trimestre de 2017 mais surtout, et c’est une première depuis longtemps, il enchaîne les trimestres de croissance positive, 5 de suite. Le Japon, qu’on persiste à voir comme un pays en crise, affiche un taux de chômage qui dépasse même le plein-emploi : 2.8%. On peut dire que les fameuses Abenomics, les trois flèches lancées par Shinzo Abe en 2012 (fiscalité favorable, relance monétaire et relance budgétaire) ont enfin fonctionné. Il a fallu du temps mais les résultats sont là.

MD : D’un point de vue rigoureusement technique, qui reste notre cœur de métier chez DT Expert, le marché des indices/actions garde un bon potentiel d’appréciation sur les prochains mois. Certes, les valorisations restent élevées, mais il a su traverser de fortes tempêtes (Brexit, élection de Trump, etc…) sans pour autant faiblir. Les flux de capitaux sont toujours là sur cette classe d’actifs. A l’inverse, il se pourrait bien que les matières premières pâtissent encore de cette fin d’année, notamment les métaux précieux qui ont bien rebondi auparavant.

PR : Les sociétés qui œuvrent dans l’innovation, le digital devraient continuer de susciter l’intérêt des investisseurs. Le « big data » se généralise dans tous les domaines et les acteurs devraient rester les gagnants de cette nouvelle manière de créer de la valeur.

Si la tendance à la normalisation des politiques des banques centrales se généralise, le marché obligataire pourrait connaître quelques séquences de stress.

Avez-vous relevé de nouvelles corrélations entre certaines classes d’actifs ou au contraire, une décorrélation récente d’actifs ?

GM : On assiste en ce moment à un phénomène assez rare de divergence entre les marchés actions et les valeurs refuges.  Les actions se focalisent sur les nouvelles économiques qui sont bonnes. Révisions régulières à la hausse de la croissance mondiale, comeback de l’Europe, économie US de plein-emploi avec une croissance plutôt correcte, comeback du Japon ou encore amélioration de la situation dans la plupart des pays émergents. Du coup les indices actions montent, mais dans le même temps, et c’est assez inhabituel, on assiste à une hausse de valeurs refuges : Or, obligations d’états, yen, etc… On sent quand même une certaine nervosité due aux événements géopolitiques. On a quand-même des événements qui ne sont pas très rassurants : la situation explosive de Trump aux États-Unis qui ressemble de plus en plus à un Watergate, un Brexit qui devient de plus en plus complexe, les élections en Italie, et du côté des pays émergents, l’affrontement avec le Qatar ou, par exemple, l’instabilité politique au Brésil.

MD : En dehors des corrélations traditionnelles comme par exemple l’opposition sur les mouvements de long terme de l’évolution des cours de l’or (valeur refuge par excellence) et de celle des indices, il est intéressant de souligner par exemple – et surtout contre certaines idées reçues – la décorrélation entre l’évolution des cours du pétrole et celle de certains groupes pétroliers, comme Total notamment, qui ne suit que finalement très peu les zigzags des cours du baril de brut…

PR : Les valeurs refuges ne réagissent plus aux tensions latentes. L’or reste en sommeil dans un contexte d’incertitudes globales et les investisseurs restent peu enclins à se positionner sur des actifs de protection. La diversification des risques et la couverture au sens plus global sont faiblement intégrées dans les stratégies des gérants.

Quelle est votre vision sur l’intérêt toujours grandissant pour les monnaies virtuelles (Bitcoin, Ethereum,…) ?

GM : Honnêtement avec beaucoup de craintes. L’histoire du Bitcoin est fascinante, mais la spéculation s’est emparée du phénomène, notamment en Chine, pays habitué des bulles. Alors nous craignons l’explosion de la bulle. Une explosion violente. Mais une explosion sans doute nécessaire, qui permettrait de repenser la création de nouvelles monnaies virtuelles.  La monnaie de demain sera sans doute virtuelle, et sans doute portée par des Amazon ou des Google…

MD : L’apparition des crypto-monnaies, ou monnaies virtuelles, est une suite logique du mouvement de liberté qu’a inspiré Internet. Ces crypto-monnaies ne connaissent pas de frontières et permettent de transférer des fonds en quelques minutes seulement, n’importe quand, et n’importe où dans le monde. La grande question qui agite la manne financière autour de ce sujet délicat est de savoir s’il s’agit là d’une mode passagère type feu de paille, ou bien d’une révolution pérenne ? S’il est encore bien difficile de se prononcer sur le long terme, une chose est sûre : je connais des personnes qui ont déjà fait fortune en pariant sur ce type de monnaie et donc d’investissement.

PR : Ces nouvelles monnaies virtuelles possèdent la caractéristique de ne pas subir de création donc se comportent comme un actif à faible risque de dévaluation. Elles fonctionnent essentiellement sur la confiance et elles ont tendance à devenir les nouvelles valeurs refuges devant les politiques monétaires généreuses des banquiers centraux depuis plus de 10 ans. Même si leurs parcours ascendants restent portés majoritairement par la spéculation, l’intérêt ne devrait pas beaucoup faiblir, d’autant plus si elles s’ouvrent à d’autres plateformes de négociations. Néanmoins, nous mettons en garde sur la volatilité extrême qui peut revenir à tout moment.

A la manière des grandes sociétés, pourriez-vous nous faire un petit bilan de votre premier semestre 2017 ?

GM : Nous avons été pris à contre-pied par l’euphorie des marchés financiers après la victoire de Donald Trump. On s’attendait à voir les indices américains baisser, les taux remonter et la volatilité repartir. Il n’en a rien été et cela se ressent dans notre bilan. Heureusement nos résultats sont bien meilleurs sur les actions. On a notamment plusieurs convictions de long terme qui ont aujourd’hui des performances spectaculaires avec des cours qui ont plus que doublé. Évidemment, nos Turbos Call actions ont aussi bien profité de l’euphorie des indices boursiers. C’est l’inverse sur nos positions baissières, mais on a quand même quelques Turbos Puts qui ont performé à la faveur d’une chute du sous-jacent. Je pense par exemple à l’action Gemalto qui a fait deux profits warning en quelques mois.

MD : Le premier semestre chez DT Expert aura été bon, dans la continuité de l’évolution globale de l’entreprise. Côté portefeuille, le service DT Turbo affiche un bilan semestriel toujours aussi bon, avec une performance YtD de +33% consolidée. Très bon démarrage également pour notre service DT Forex. Enfin, le spectre institutionnel s’agrandit lui aussi, et nous travaillons avec de plus en plus de fonds internationaux.

PR : Le premier semestre fut très qualitatif chez Zonebourse. En effet, nos deux portefeuilles investisseurs réels USA et Europe PEA affichent des gains de plus de 20 % et notre fonds EUROPA ONE, éligible PEA, se classe parmi les meilleurs de sa catégorie avec une performance au 8 juin 2017 de 18 %. Notre méthodologie sélective sur les fondamentaux des sociétés surperforme largement les indices de référence.

Si vous deviez avoir une maxime de trading, quelle serait-elle ?

GM : On en a deux : « Le consensus a toujours tort » et « il ne faut jamais pisser contre le vent ». C’est un peu contradictoire mais cela montre bien le numéro d’équilibriste auquel il faut s’adonner quand on fait  du trading.

MD : J’hésite entre « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » et « Rien ne sert de courir, il faut partir à point »

PR : Nous préférons chez Zonebourse découvrir de belles histoires industrielles et boursières que de travailler sur le court terme. Nous détenons des actions depuis plusieurs mois qui gagnent, d’ailleurs, plus de 100 % dans nos différentes sélections (portefeuilles réels, fonds, top listes).

 

Article tiré du magazine Strike 182 / Juillet Août 2017

 

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