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Un cercle vicieux plutôt huileux…?

Le marché n’aurait pu espérer meilleure confirmation : la baisse récente du prix du pétrole justifie pleinement le pessimisme des analystes quant à la hausse future de l’inflation, accessoirement scénario privilégié par les membres du comité politique monétaire de la Réserve Fédérale Américaine. Les cours de l’or noir sont en effet très corrélés aux prévisions d’inflation à long terme. Les uns entraînant parfois les autres, et vice-versa,
cela peut même constituer parfois un cercle vicieux dont les effets sur le marché des changes sont complexes…

Le pétrole est un des meilleurs exemples pour étudier les effets éventuels des prévisions d’inflation sur la fixation des prix. Il est facilement stockable, dispose d’un marché liquide de contrats à termes (futures) et est particulièrement sensible aux changements de ces prévisions d’inflation. Même si cela ne s’applique pas aussi bien à l’ensemble des biens de consommation, cela permet néanmoins d’émettre quelques doutes sur le scénario proposé par la présidente de la Fed et par ses collègues du comité, scénario selon lequel un marché du travail plus sain va régler, tout seul, le problème du manque d’inflation…

La situation semble bien plus complexe et ses effets sur le marché des changes, inconnus. La démonstration d’un dollar fort alimenté par la hausse des taux est de moins en moins évidente. Les prévisions de baisse d’inflation sont bien évidemment mauvaises pour le dollar. Si l’inflation ne fait pas son retour, la Fed ne pourra pas monter ses taux au rythme qu’elle a prévu et le processus de normalisation de ses taux d’intérêt prendra plus de temps. Le marché ne s’y trompe pas et n’attend pas beaucoup de la Fed à ce niveau-là : à peine plus d’une hausse de taux jusqu’à la fin de l’année 2018. Et elle pourra difficilement faire moins. L’effet négatif de la baisse des prévisions d’inflation sur le dollar devra être amorti par d’autres phénomènes qu’il est plus difficile à identifier. Mais c’est un fait, au sein du G10, le billet vert ne diminue pas du tout ! Il s’apprécie même contre des devises estampillées « matière première » comme le dollar Australien ou Canadien. Passionnant !

Thibaud Renoult

Article tiré du magazine Strike 182 / Juillet Août 2017

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